Décider de consulter est déjà un pas difficile. Au Québec, ce pas se heurte souvent à un mur : celui de l'accès. Voici l'état réel du système, chiffres à l'appui.
Combien de temps faut-il attendre ?
Dans le réseau public, le délai pour obtenir des services psychologiques varie de 6 à 24 mois selon la gravité et la région. Au 1er février 2024, près de 16 000 personnes étaient en attente d'un service de première ligne en santé mentale. La liste avait culminé autour de 21 000 personnes en septembre 2022.
Une pénurie qui s'aggrave
Le réseau public perd ses psychologues. En dix ans, il a vu partir environ 25 % de ses effectifs. Ils étaient 2 461 dans le réseau de la santé en 2011 (30 % des membres de l'Ordre) ; ils ne sont plus que 1 849 en 2024 (20 %).
- Près de 3 700 psychologues exercent en pratique privée exclusive, contre 1 850 dans le réseau public.
- Dans les écoles publiques, le nombre est passé de 1 019 (2011) à 787 (2024).
- L'écart de rémunération entre le public et le privé atteindrait 44 %, en faveur du privé.
Le coût du privé
Se tourner vers le privé a un prix : une séance de psychothérapie de 50 minutes coûte généralement entre 120 $ et 180 $, avec un tarif horaire moyen autour de 132 $. Ces tarifs ont grimpé d'environ 50 % par rapport à 2021. Dans le réseau public de la santé ou de l'éducation, les consultations restent gratuites — quand on y a accès.
Des besoins qui restent sans réponse
En 2024, 33 % des adultes québécois ayant un trouble diagnostiqué déclaraient des besoins partiellement ou non satisfaits (contre 41 % au Canada). À l'échelle du pays, environ un Canadien sur trois n'accède pas aux soins en raison de leur coût. Résultat : ce sont souvent les personnes qui en ont les moyens, ou une assurance privée, qui accèdent le plus facilement à la psychothérapie.
Une réponse publique : le PQPTM
Pour répondre à cette crise, le Programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM) propose un modèle de soins par étapes, « des autosoins à la psychothérapie », fondé sur les données probantes. On y accède via le CLSC, un GMF, Info-Social 811 ou son établissement d'enseignement. L'objectif : réduire les délais et rendre l'offre plus équitable.
En résumé : si consulter vous semble compliqué, ce n'est pas un manque de volonté de votre part. C'est un problème structurel — et connaître les portes d'entrée (811, CLSC, PQPTM) fait partie de la solution.