Il y a une question qu'on ne pose presque jamais collectivement : dans quel type de monde voulons-nous vivre ? Pas dans l'abstrait. Concrètement. Est-ce qu'on choisit des organisations, des rythmes, des cultures de travail qui permettent aux gens d'être vraiment présents — à eux-mêmes et aux autres ? Cette question se pose tous les jours, dans les choix les plus ordinaires.
La culture de performance et ce qu'elle coûte réellement
La culture de la performance ne se résume pas au surmenage professionnel. Elle est dans la manière dont on s'excuse de ne pas répondre assez vite. Dans la gêne qu'on ressent à prendre une pause. Dans l'idée que se reposer doit se mériter. Elle est aussi dans la manière dont on parle du soin : souvent présenté comme un supplément — une chose qu'on s'offre quand tout le reste est fait. Mais le soin n'est pas un supplément. Il est une condition. Une condition de la relation, de la pensée, de la présence.
L'économie extractive s'applique aussi aux personnes
David Suzuki l'a dit de l'économie et de la nature : on ne peut pas prélever indéfiniment sur un système vivant sans qu'il s'effondre. La même logique s'applique aux relations humaines. Une culture qui prélève de l'empathie, de la disponibilité, de la présence sans jamais créer les conditions de la récupération — fabrique de l'épuisement structurel. Pas par malveillance. Par inadvertance. C'est un problème de structure.
Ce que la présence n'est pas
La présence dont il est question ici n'est pas une posture de bienveillance. Ce n'est pas non plus une technique de pleine conscience ou un état spirituel réservé à quelques-uns. C'est simplement la capacité d'être là — vraiment là — dans ce qu'on fait et avec qui on est. Et cette capacité a des conditions. Elle ne survit pas dans l'épuisement. Elle ne prospère pas dans la honte.
Ce que ça demande
Passer de la performance à la présence, ce n'est pas baisser les bras. C'est reconnaître que la qualité de ce qu'on fait dépend de la qualité de l'état depuis lequel on le fait. Un praticien épuisé n'est pas un praticien présent. Le passage se fait par des choix concrets : créer des espaces de récupération, reconnaître les limites comme des informations (pas des échecs), et traiter le soin comme une priorité structurelle — pas comme une récompense.
En résumé : Une politique du soin, c'est l'ensemble des choix qui permettent aux gens d'être vraiment là — pour eux-mêmes et pour les autres. Ce n'est pas un luxe. C'est ce qui rend tout le reste possible.