Parler de santé mentale au Québec, c'est d'abord regarder les chiffres en face — non pas pour faire peur, mais pour donner à ce que beaucoup vivent en silence une réalité partagée. Voici ce que disent les données publiques les plus récentes.
Combien de personnes sont touchées ?
Environ un Québécois sur cinq est atteint d'un trouble mental au cours de sa vie. En 2024, 15 % de la population adulte avait reçu un diagnostic de trouble d'anxiété (20 % chez les femmes, 10 % chez les hommes) et 10 % un diagnostic de trouble de l'humeur, comme la dépression.
Ces proportions ont augmenté : la part de la population de 12 ans et plus avec un diagnostic d'anxiété est passée de 6,4 % en 2015 à 8,4 % en 2021. Fait notable, le Québec affiche l'une des plus faibles prévalences de troubles anxieux et de l'humeur au Canada (8,6 % contre 10,6 % au pays).
La détresse psychologique monte
L'indicateur le plus parlant est celui de la détresse psychologique élevée : la proportion de la population qui s'y situe est passée de 32 % en 2014-2015 à 39 % en 2020-2021. La hausse touche les femmes, les hommes et tous les groupes d'âge — avec un sommet chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans.
- 62,7 % des adultes percevaient tout de même leur santé mentale comme excellente ou très bonne en 2024.
- Cette perception avait baissé d'environ 5 points entre 2020 (71 %) et 2021 (66 %).
- 3,7 % de la population avait eu des idées suicidaires sérieuses au cours des 12 mois précédents en 2020-2021.
L'empreinte de la pandémie
La COVID-19 a laissé une marque nette. À l'automne 2020, 7,4 % des Québécois jugeaient leur santé mentale passable ou mauvaise, contre 4,6 % un an plus tôt. En décembre 2020, 17 % des adultes présentaient un score de détresse problématique — contre environ 2 % en temps normal. Les 18-24 ans ont été particulièrement touchés (38 % rapportaient des symptômes).
Ce que ces chiffres veulent dire
Deux lectures cohabitent. D'un côté, la majorité des Québécois vont bien et se disent satisfaits de leur vie (89 % en 2024). De l'autre, la détresse progresse et se concentre chez les plus jeunes. Ces données ne sont pas un verdict : ce sont des repères. Elles rappellent que ce que vous traversez n'a rien d'exceptionnel — et qu'en parler est la norme, pas l'exception.
En résumé : la santé mentale n'est ni un luxe ni une faiblesse. C'est une réalité de santé publique qui concerne, à des degrés divers, presque tout le monde.