On imagine souvent la solitude comme un problème des personnes âgées. Les données du Québec racontent autre chose : ce sont les jeunes adultes qui la vivent le plus fort. Une équipe de l'Université de Sherbrooke a mesuré, chez les 18-29 ans, un sentiment de solitude passé de 41 % à 58 % en quatre ans. Autrement dit, aujourd'hui, environ six jeunes sur dix se sentent seuls. Ce n'est pas une faiblesse individuelle — c'est un signal collectif qu'il vaut la peine de regarder en face.

Un renversement générationnel

Pendant longtemps, la courbe de la solitude montait avec l'âge. Elle s'est inversée. Les enquêtes canadiennes montrent que les 15-24 ans déclarent se sentir seuls « toujours ou souvent » plus fréquemment que les aînés. Au Québec, l'Institut national de santé publique estime qu'une part importante des 18-30 ans ressent la solitude de façon fréquente. Le phénomène n'est pas propre à la province : une étude internationale menée dans huit pays a trouvé que près d'un jeune de 18-24 ans sur deux se dit seul, contre environ trois sur dix chez les 55 ans et plus.

Seuls, ensemble

Le paradoxe est là : jamais une génération n'a été aussi « connectée », et pourtant le sentiment d'isolement grimpe. Les chercheurs de Sherbrooke parlent d'un malaise générationnel face aux bouleversements sociaux et climatiques, et d'une difficulté croissante à donner un sens clair à sa vie dans un contexte de crises multiples. En parallèle, la proportion de jeunes qui déclarent un fort sentiment de cohérence — l'impression que leur vie est compréhensible et gérable — a reculé. La solitude n'est pas qu'une affaire de contacts : c'est aussi une question de sens et d'appartenance.

La solitude n'est pas un défaut de caractère. C'est souvent le symptôme d'un lien qui manque — et un lien, ça se retisse.

Pourquoi ça compte pour la santé

La solitude prolongée n'est pas seulement inconfortable : elle est associée à un risque accru de dépression et d'anxiété, en particulier chez les jeunes adultes. Les études longitudinales montrent qu'un épisode de solitude à l'adolescence augmente la probabilité d'en revivre plus tard. La bonne nouvelle, c'est que le lien fonctionne dans les deux sens : renforcer l'appartenance et le soutien protège la santé mentale. Chez les jeunes ayant un fort sentiment d'appartenance à leur communauté, la solitude régulière est nettement plus rare.

Ce qui aide, concrètement

La solitude des jeunes n'est pas une fatalité, et surtout pas une honte. C'est un indicateur — comme la fièvre — qui nous dit que quelque chose, dans nos façons de vivre ensemble, mérite attention. Si vous vous sentez seul, ou si vous voyez un proche s'isoler, en parler est déjà un premier pas. Vous n'avez pas à porter ça seul.